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Nadine Cattan
Directrice de recherche au CNRS – UMR Géographie-Cités

I – Une nouvelle approche des territoires

Comprendre les dynamiques des territoires aujourd’hui c’est prendre pleinement conscience du fait qu’il faut mettre au centre des réflexions sur le développement territorial la réalité mobile. Les territoires sont au centre de transformations dans les modes d’habiter, de se déplacer et de produire et cela se traduit par un relatif affaiblissement des processus
« classiques » de mises en relation des lieux à différentes échelles. Les mises en tension entre des processus de polarisation qui renforcent le rôle des grandes métropoles d’une part, et des forces de dispersion qui diluent populations et emplois sur de plus grandes étendues d’autre part, s’en trouvent également démultipliées. Tout concourt à souligner l’importance de l’émergence d’organisations spatiales plus complexes et de nouvelles formes d’intégration territoriale. Nous sommes entrés dans une phase de transition et de mutation des fonctionnements territoriaux. Aujourd’hui, ni les villes, ni les métropoles ne suffisent plus pour analyser les dynamiques territoriales et leurs évolutions. Un changement de perspective dans nos conceptions des territoires et de leur développement est nécessaire.

Dans ce contexte, quelles sont les cartes à jouer des métropoles ? Je vous propose de réfléchir aux modèles territoriaux au prisme d’une approche par système urbain. Une approche où le fondement même de l’urbain est le lien. Une approche qui conçoit les territoires explicitement par les relations qui articulent les villes entre elles.

Seul ce nouveau paradigme permet de prendre toute la mesure du fait qu’on joue avec les autres territoires et non pas contre les autres, et ces articulations territoriales doivent se penser avec les espaces les plus proches, mais aussi avec les territoires lointains sur des sujets où les compétences pourraient créer des perspectives communes. En termes de politiques publiques cela renvoie à une réflexion sur les partenariats et sur les coopérations entre territoires. Ce positionnement permet également de dépasser une conception du développement territorial figée dans la nécessité de rééquilibrer les masses en présence, où les effets de taille sont survalorisés et où atteindre une masse critique devient un objectif incontournable. L’enjeu n’est plus d’être gros ou visible, de compenser des déficits perçus comme tels, mais de trouver les liens pertinents et de les valoriser.

Cet article met en avant le fait que la dynamique d’un territoire métropolitain tient plus de ses liens que de son poids. L’organisation fonctionnelle du Grand Paris est décryptée par les différentes modalités d’une part de l’intégration en interne de cet espace, et d’autre part de son arrimage avec les autres métropoles. L’espace métropolitain du Grand Paris est donc replacé dans les différents systèmes territoriaux multiscalaires qu’il contribue à générer.

Ce propos s’inscrit dans le cadre d’une réflexion générale qui vise à décrire au plus près de la réalité relationnelle le fonctionnement territorial du Grand Paris. Voit-on émerger une métropole-réseau, multipolaire où les relations horizontales de pôles à pôles prennent de plus en plus d’importance par rapport aux relations radiales centre-périphérie ? Quelles sont les différentes modalités de l’intégration territoriale du Grand Paris ? Quelle pertinence pour cet échelon métropolitain ?

II – Le Grand Pari(s) de l’intégration

Le Grand Paris possède un niveau élevé de liens internes dû à une composante structurelle qui renvoie au poids et à la diversité de l’aire métropolitaine. Cette force des liens internes résulte de trois structurations fortes des liens : tout d’abord, de l’intensité des relations au sein même de Paris, puis de la polarisation par Paris-centre d’un grand nombre de flux et d’échanges émanant du reste de la métropole, et enfin du renforcement des centralités relais.

 

a) L’intégration du Grand Paris en son centre se lit au travers d’un nombre conséquent de liens qui s’effectuent entre deux pôles de cet espace.

Les différentes mobilités des populations donnent une image forte de cette figure centrale de l’intégration du Grand Paris. Les navettes domicile-travail en sont emblématiques avec plus de 42% des déplacements pour l’emploi du Grand Paris qui s’effectuent dans Paris-centre. Les mobilités pour études et formations renforcent également ce constat avec 48% des déplacements scolaires effectués dans Paris-centre. Lorsqu’on mobilise les liens de la société de la connaissance par exemple au travers des partenariats scientifiques, le rôle du centre parisien dans l’intégration est aussi fortement souligné. La proportion de masters portés par plusieurs établissements renforce ce constat puisque dans le Bassin parisien1 plus de 40% des masters reconnus par plusieurs établissements résultent d’un partenariat entre deux ou plusieurs établissements du centre parisien.

 

b) L’intégration du Grand Paris s’effectue également par son centre.

Coopérations scientifiques et mobilités sont là aussi pour montrer l’intensité des liens qui se tissent entre Paris et les autres pôles majeurs de la métropole. Analysée, comme précédemment, au travers des masters co-habilités, la polarisation se traduit par une articulation majeure entre des établissements du centre parisien et du Sud-Ouest de la métropole (Berroir, Cattan, Saint-Julien 2009). Dans Paris, ces liens s’appuient sur plusieurs grandes universités et grandes écoles (Universités Paris 1, Paris 5, Paris 6, Paris 7 et ENS Ulm). Dans la périphérie Sud-Ouest, ils concernent les établissements du plateau de Saclay et de l’ENS Cachan. A ces liens majeurs se connectent secondairement quelques établissements de l’Ouest, essentiellement les universités de Versailles, Cergy-Pontoise et Nanterre. Au total, dans cette configuration, les masters en réseau du Grand Paris fonctionnent bien comme un système territorial fait de proximités institutionnelles, disciplinaires et géographiques. Quelques établissement jouent clairement un rôle de synapse : il s’agit, dans Paris-centre des universités Paris 1, Paris 7 et ENS Ulm et, en périphérie, des universités Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise et Paris Est-Créteil ainsi que de l’ENS Cachan.
Autre exemple de cette figure centrale de l’intégration polarisée, les synergies dans les programmes européens. Entre 2002 et 2006, la France a participé à 1300 projets européens du 6e Programme Cadre Recherche et Développement (PCRD). Le principal objectif de ces programmes de l’Union européenne est de construire un espace européen de la recherche. La région Île-de-France contribue à 61% des projets dans lesquels au moins un partenaire français est impliqué ce qui en fait le premier contributeur national. Dans ce cadre, plus de la moitié (56%) des partenariats sont noués entre Paris et le reste de cet espace métropolitain, soutenant ainsi l’image d’une forte intensité de polarisation du Grand Paris (Berroir, Cattan, Saint-Julien 2010).
Les mobilités de populations, avec la carte des navettes, sont très éloquentes pour témoigner de la puissance de la polarisation du centre parisien sur les autres pôles du Grand Paris, que ces derniers soient dans la proximité immédiate ou plus éloignés. Plus de 38% des actifs de Saint-Cloud, Antony, Massy, Saint-Maur-des Fossés d’un côté et de Roissy, Marne-La-Vallée, Ris-Orangis, Arpajon, Saint-Quentin en Yvelines et Mantes la Jolie de l’autre, viennent travailler quotidiennement à Paris. Au total, près d’un cinquième des navettes domicile-travail du Grand Paris s’effectuent en direction de Paris-centre. Les mobilités domicile-étude sont polarisées avec une proportion équivalente (près de 19%) et viennent conforter l’importance du centre dans le processus d’intégration de l’espace métropolitain. Si Paris-centre est un contributeur majeur dans la structuration des mobilités du Grand Paris, il n’est pas le seul.

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Liens entre les établissements Universitaires

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relations domicile-travail entre l’agglo et paris

 

c) L’intégration du Grand Paris se fait aussi par des centralités relais.

La mise en réseau du Grand Paris se décline à travers des liens transversaux de moyenne portée qui mettent en relation les principaux pôles (hors Paris) du Grand Paris. Un peu plus d’une dizaine de centralités majeures structurent les mobilités des populations liées aux déplacements domicile-travail, domicile-étude et aux migrations résidentielles. Les pôles de Roissy, Chelles, Créteil, Marne-la-Vallée, Melun, Orangis, Massy, Saint-Quentin en Yvelines, Saint-Germain-en-Laye, Mantes la Jolie et Cergy-Pontoise en dessinent les principaux contours. Dans cette transversalité, des interdépendances préférentielles apparaissent entre villes du Nord-Est et de l’Ouest et du Sud-Ouest du Grand Paris. Des sous-systèmes s’identifient bien et relient des pôles relativement proches et de tailles différentes. On peut considérer que ces transversalités préfigurent ce que pourrait être une articulation polycentrique de cet ensemble territorial.

L’offre commerciale et les mobilités d’achats et de loisirs qui en résultent montrent que cette vaste zone sub-centrale s’organise autour des mêmes pôles ou presque. Ces polarisations périphériques sont souvent structurées autour d’un centre commercial avec une offre diversifiée permettant de répondre à une large palette des besoins des consommateurs (Delage 2012). Créteil, Thiais, Puteaux-Courbevoie, Vélizy-Villacoublay, Rosny-sous-Bois, Massy-Palaiseau, et Plaisir par exemple affichent une forte turbulence des mobilités pour achats et une forte attractivité.

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polarités commerciales dans l’agglo

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Ces trois figures de l’intégration de la métropole parisienne montrent qu’à ces échelles, la proximité demeure un vecteur fort de structuration de la mobilité et de l’échange. On est donc loin des thèses de l’éclatement des espaces de vie. La force des territoires de proximité se combine avec une polarisation centrale intense et des relations transversales structurantes.

Ces trois figures simultanées de l’intégration soulignent la coexistence d’une part, d’un modèle d’organisation polarisé par un puissant centre parisien et, d’autre part, d’une logique de structuration polycentrique qui se distingue par une grande diversité de pôles et de polarités.

 

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III – Le Grand Pari(s) de l’ouverture et l’attractivité

Le fonctionnement et l’intégration du Grand Paris se lit aussi par ses capacités d’interconnexions à moyenne et grande portées avec d’autres pôles nationaux et internationaux. Une métropole a une organisation polycentrique lorsque ses différents pôles d’une part, participent à la construction de l’ensemble métropolitain en polarisant et captant des flux en interne et, d’autre part, renforcent l’ouverture et l’attractivité de cet ensemble en le connectant avec l’extérieur. Rares sont les travaux qui abordent le polycentrisme métropolitain sous cette double facette, et celle de l’ouverture et de l’attractivité est souvent négligée. Cet article propose d’identifier les pôles du Grand Paris où percolent l’ouverture et l’attractivité. La question posée est la suivante : quels pôles du Grand Paris jouent un rôle d’interface, à la fois pôles relais de l’intégration territoriale de l’ensemble et pôles synapses arrimés à d’autres pôles et métropoles nationales et internationales ? Deux indicateurs de mobilités sont mobilisés : d’abord, les navettes domicile-travail qui demeurent des témoins privilégiés des interconnexions territoriales à différentes échelles; puis les mobilités des artistes, rarement analysés et moins connus, qui donnent de nouveaux éclairages sur l’imbrication des connexions -locales, nationales et internationales- dans les différents pôles du Grand Paris.

a) Des polarités nationales différenciées dans le Grand Paris

La provenance des actifs qui travaillent dans le Grand Paris permet d’identifier les pôles qui constituent des portes d’entrée de ce territoire métropolitain. Avec de fortes proportions d’emplois occupés par des actifs résidents hors du Grand Paris, un grand nombre de pôles dans un faisceau Nord-Est/Sud-Ouest se distinguent par l’accueil d’actifs en provenance à la fois du Bassin parisien et, au-delà, d’autres régions françaises. Certes Paris-centre se détache mais Roissy, Saint-Cloud, Le Vésinet, Marly-le-Roi, Trappes, Massy et Antony, tous situés dans un faisceau NE/SO, et trois autres pôles, Marne-la-Vallée, Créteil, et Cergy, apparaissent également comme des témoins privilégiés de l’interface entre le Grand Paris et l’extérieur.

b) Des centralités internationales contrastées dans l’espace central du Grand Paris

Le degré d’internationalisation de l’art contemporain dans les différents pôles du Grand Paris fournit un deuxième exemple de l’attractivité différenciées des lieux. Il est évalué par les pays de résidence des artistes qui exposent dans les galeries de la métropole. Le Marais, qui constitue le pôle marchand parisien le plus important, expose les créations d’artistes résidents à la fois à Paris et à l’étranger et illustre ainsi l’imbrication des portées de l’attraction d’un lieu (Boichot 2012). Le Marais peut être qualifié de pôle relais de la création parisienne et aussi de synapse des réseaux artistiques mondiaux. D’autres pôles artistiques majeurs, notamment Saint-Germain des Prés, l’Hôtel de Ville, Bastille, Montmartre et la Villette, sont eux des canaux privilégiés de la diffusion de la création nationale et parisienne puisqu’ils exposent majoritairement des artistes qui résident en France. Enfin, d’autres pôles comme Montreuil sont des exemples types de la diffusion de la création locale. Globalement les pôles les plus internationalisés se situent dans un cadran Ouest et Sud-Ouest.
Le rôle particulier d’un grand nombre de pôles du Grand Paris comme interface des réseaux locaux, nationaux et internationaux montre la diffusion de l’espace de l’art contemporain dans la métropole et l’émergence d’espaces culturels transnationaux où les dynamiques endogènes, locales et nationales, s’imbriquent et se mélangent avec les connexions internationales (Boichot 2012).

Cette lecture de l’organisation du Grand Paris au travers de l’ouverture des différents pôles vers l’extérieur vient conforter l’image d’une structuration polycentrique de ce territoire métropolitain. Des centralités de différentes portées jalonnent l’ensemble du territoire et mettent en évidence le partage des rôles entre d’une part, un centre omniprésent très attractif où se côtoient par exemple des actifs venant de l’ensemble du territoire national ainsi que des artistes locaux, nationaux et internationaux et, d’autre part, des centralités relais tout autant attractives au niveau à la fois national et international.

 

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IV – Du Grand Paris au système métropolitain du Grand Paris

La ville ne raconte plus aujourd’hui les dynamiques territoriales en cours. Les mutations territoriales questionnent le sens de ces territoires définis souvent dans des périmètres trop restreints au principe d’une lecture et d’une gestion aréolaires des territoires, dans la contiguïté et continus. La mise en oeuvre d’une approche relationnelle englobante permet d’intégrer pleinement les systèmes d’échanges dans les réflexions sur les dynamiques des territoires. C’est une approche qui va au-delà des analyses segmentées et sectorielles. C’est aussi une approche qui dépasse les analyses économiques dominantes des systèmes territoriaux, fondées sur la survalorisation des flux considérés comme structurants (par exemple navettes, aérien, financier, économique). Cette approche inédite a été réalisée sur sept types de liens entre les 350 aires urbaines françaises. Des échanges de la société mobile et de loisirs comme les mobilités domicile-travail, les migrations résidentielles, ainsi que les mobilités de loisirs à travers les résidences secondaires, les liens de la société de la connaissance via les partenariats scientifiques, et ceux de la société économique et financière à travers les coopérations entre sièges et établissements d’entreprises et les relations à grande vitesse avec un indice mixte train-avion, ont été déployés dans une étude récente effectué pour la DATAR2.
Comment le Grand Paris se situe-il dans cette approche ? Trois échelons d’interdépendances sont constitutifs du Grand Paris et doivent être considérés simultanément pour prendre pleinement en compte la réalité des interconnexions et du fonctionnement territorial de ce territoire métropolitain.
D’abord, le système urbain de proximité de Paris : c’est un réseau de soixante dix villes qui compte 17 millions d’habitants. Il s’étend vers le Nord, l’Est et le Sud de l’Île-de-France et intègre cinq systèmes urbains des régions voisines, ceux de Caen, Amiens, Rouen-Le Havre, Orléans-Tours et le Mans-Alençon. Cette configuration du système urbain de Paris met en évidence l’absence de liens préférentiels vers l’Est, notamment avec le système urbain de Reims.
La plupart des villes du système entretiennent avec Paris des liens représentatifs des mobilités des populations : navettes, migrations résidentielles et mobilités de loisirs mesurées par les liens entre résidences principale et secondaire. Deux spécificités caractérisent le système de relations : il s’agit des liens économiques dans les secteurs innovants autour de Orléans et Rouen, et de partenariats scientifiques préférentiels entre Paris et Caen.
Il ne faut pas retenir du système urbain de Paris ce seul échelon de fonctionnement. La seconde échelle est nationale. Elle est souvent occultée dans les analyses alors qu’elle est tout aussi solide et essentielle que l’échelle locale, puisque les liens tissés entres les villes sont composés d’au moins quatre natures différentes de l’échange.
Le système urbain national de Paris est d’abord transversal, puisqu’il connecte les grandes villes comme Tours, Rouen, Caen, aux autres métropoles françaises du voisinage immédiat par exemple Nantes, Rennes et Lille, et aussi aux grandes métropoles du Sud : Bordeaux, Toulouse, Marseille, Nice et Lyon. Les métropoles du grand Est sont absentes de cet arrimage transversal. Tours, Rouen et Caen sont donc des relais du système de Paris dans cet arrimage inter-système : les deux premières avec des portées à la fois courtes et à grande distance ; Caen -à laquelle vient s’ajouter Le Mans- développe des liens avec les villes des régions voisines essentiellement.
Le système urbain national de Paris est ensuite polarisé, connectant, dans une grande diversité de la nature des échanges, Paris à plus de 170 villes. Cet aspect des connexions à Paris est constitutif de l’ensemble des 26 systèmes urbains français. Pour la plupart des systèmes urbains français, les connexions se font à l’aide de plusieurs pôles et pas seulement par le pôle principal. Toutefois, quatre systèmes majeurs dérogent à ce constat d’arrimage polycentrique à Paris : il s’agit des systèmes bordelais, niçois, marseillais et toulousain.

Le système urbain de Paris met en avant le fait que la dynamique du grand Paris tient autant sinon plus de ses liens que de son poids. Cette approche multidimensionnelle des fonctionnements des systèmes urbains montre qu’une conception de l’aménagement et du développement du territoire basée sur la seule proximité est dépassée. Trois échelons d’interdépendance sont partie prenante des systèmes urbains et du Grand Paris en particulier : la proximité, la transversalité inter-métropolitaine et la connexité à Paris.

 

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V – Les défis pour l’action publique

L’analyse fonctionnelle du Grand Paris par le développement d’une approche relationnelle englobante des territoires montre la grande diversité des modes d’organisation, puisqu’elle intègre pleinement les différentes dimensions fonctionnelles et multi-échelles des fonctionnements territoriaux. Elle souligne par ailleurs la nécessité d’un changement de paradigme pour appréhender l’ensemble des transformations qui traversent aujourd’hui les territoires.
L’image de l’archipel traduit bien ces modifications qui opèrent à deux échelles spatiales différentes. À l’échelle locale, elle signifie la modification de la nature même des villes qui, loin d’une polarité unique, se sont étalées jusqu’à constituer des ensembles de pôles bien reliés entre eux. À l’échelle nationale et au-delà européenne et mondiale, elle souligne que la centralité se décline au pluriel, constituée par un ensemble de pôles interconnectés, une sorte de réseau des réseaux, de réseaux de systèmes urbains. Mais l’image de l’archipel interpelle notre capacité à gérer l’espace-réseau, c’est-à-dire des territoires discontinus, et cela nous ne savons pas très bien le faire. Les pesanteurs sont symboliques, issues d’une métaphysique de la sédentarité qui empêche de prendre pleinement en compte le sens du fluide et du mouvement dans nos savoir-penser les territoires. Elles sont conceptuelles car on ne sait pas associer le réseau et le territoire dans un même schéma de pensée. Les difficultés sont également, en grande partie, institutionnelles car les acteurs des territoires fondent leur gouvernance sur leurs limites.
Le principal défi des acteurs politiques sera de savoir proposer des nouveaux cadres qui prennent en considération les nouvelles dimensions de l’habiter que sont le passage, l’inter-relation, le transit et l’éphémère. L’enjeu sera d’inventer les outils de régulation d’espaces et de territoires où le fluide dominera.

NOTES

1 Paris et les huit régions voisines
2 Berroir S., Cattan N., Dobruszkes F., Guérois M., Paulus F., Vacchiani-Marcuzzo C., « Systèmes urbains et métropolitains », Etude pour la DATAR juin 2011, 152 p.

Références

Berroir S., Cattan N., Guérois M., Paulus F., Vacchiani-Marcuzzo C., 2012. Les systèmes urbains français. Synthèse, Travaux en ligne n°10 DATAR.

Berroir S., Cattan N., Saint-Julien Th., 2009. Les masters en réseau: vers de nouvelles territorialités de l’enseignement supérieur en France. L’Espace Géographique, n°1.

Berroir S., Cattan N., Saint-Julien Th., 2010. Recherche et développement dans les partenariats européens. Le Bassin parisien, une méga-région? Les Cahiers n°153. IAU IDF

Boichot C., 2012. Centralités et territorialités artistiques dans la structuration des espaces urbains. Le cas de Paris et Berlin. Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Delage M., 2012. Mobilités pour achats et centralités métropolitaines. Le cas de la métropole parisienne. Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.